Défense

Interview – Hosam Badreldin, Engineering Leadership Thales : la cybersécurité avionique au cœur de la souveraineté et de la résilience aéronautique

Garantir la fiabilité et l'excellence des équipements aéronautiques est au cœur du savoir-faire des équipes avioniques de Thales. Aujourd'hui, face à l'essor de la connectivité, cette exigence s'applique…

Hosam Badreldin cybersécurité Thales

Garantir la fiabilité et l’excellence des équipements aéronautiques est au cœur du savoir-faire des équipes avioniques de Thales. Aujourd’hui, face à l’essor de la connectivité, cette exigence s’applique tout particulièrement à la cybersécurité. Dans un secteur aéronautique en pleine transformation numérique, la connectivité en vol n’est plus un simple confort, mais un maillon critique de l’écosystème embarqué. Face aux nouvelles menaces qui accompagnent l’ouverture croissante des cabines vers l’extérieur, la sécurité des données et des systèmes est devenue un enjeu stratégique majeur pour les compagnies aériennes comme pour les constructeurs.

Cybersécurité et sûreté des vols : La vision d’Hosam Badreldin

Pour comprendre comment l’industrie fait face à ces défis inédits, nous recevons Hosam Badreldin, directeur de la sécurité des produits pour l’activité In-Flight Entertainment (IFE) de Thales. Expert reconnu de la cybersécurité appliquée à l’avionique, il défend une approche globale dans laquelle la sécurité informatique s’intègre directement au cœur de la sûreté des vols et de la résilience des systèmes embarqués.

De la conception logicielle au contrôle de la chaîne d’approvisionnement, en passant par l’ancrage d’une véritable culture cyber partagée par l’ensemble des métiers de l’ingénierie, Hosam Badreldin nous livre son analyse et décrypte les coulisses de la protection des systèmes multimédias de cabine de dernière génération.

Pourquoi la cybersécurité est-elle prise tellement au sérieux dans le domaine de l’avionique ?

« L’évolution technologique transforme profondément notre environnement. Les systèmes aéronautiques, autrefois isolés, sont désormais connectés aux passagers, aux compagnies aériennes, aux équipementiers (OEM) et aux fournisseurs. Cette connectivité crée de la valeur, mais elle engendre également de nouveaux risques. Un risque cyber non maîtrisé devient alors un risque pour la sécurité, c’est pourquoi la cybersécurité devient aussi essentielle que la qualité et la fiabilité des matériels et logiciels que nous fournissons. »

« Les réglementations récentes montrent clairement que la cybersécurité n’est plus une question secondaire. Elle devient un pilier essentiel pour garantir la conformité et la sécurité opérationnelle. Dans cette perspective, la cybersécurité n’est pas un simple ajout : c’est le prolongement naturel de notre approche interne, fondée sur une culture commune de la sécurité et de la qualité. »

Quels sont les risques concrets si la cybersécurité n’est pas correctement prise en compte en amont ?

« Les répercussions potentielles dépassent largement le domaine informatique. Les conséquences d’un incident cybernétique peuvent, par exemple, entraîner une perte de confiance des pilotes dans leurs systèmes, l’exploitation d’un système destiné aux passagers comme point d’entrée vers des réseaux critiques, voire la mise à l’immobilisation d’aéronefs en raison d’un manque de robustesse démontrable en matière de cybersécurité. »

« Ces scénarios démontrent que la cybersécurité est directement liée à la sécurité opérationnelle. Chez Thales, quel que soit le produit sur lequel nous travaillons, nous n’acceptons pas, ne générons pas et ne transmettons pas de non-conformités. Appliqué à la cybersécurité, cela signifie ne pas accepter de vulnérabilités de la part des fournisseurs, ne pas en créer dans nos conceptions et ne pas les transmettre à nos clients. »

« En ce qui concerne notre culture de sécurité interne, il s’agit, en substance, du même état d’esprit, appliqué à un risque moderne. Nous l’avons intégré pour la qualité et nous l’avons désormais intégré pour la cybersécurité également. »

Comment y parvient-on ?

« L’un de nos principaux objectifs a été d’intégrer la cybersécurité dans nos pratiques existantes. Nos équipes avaient déjà conscience que la sécurité et la sûreté des produits et des systèmes ne relèvent pas uniquement de la responsabilité de nos spécialistes de la qualité ; c’est l’affaire de tous. Je pense que la même logique s’applique également à la cybersécurité. Cela ne concerne pas uniquement l’équipe de cybersécurité. Nos équipes d’ingénierie font des choix de conception sécurisés. Nos spécialistes de la chaîne d’approvisionnement évaluent les fournisseurs sous l’angle de la sécurité. Nos responsables de gestion de programme intègrent la sécurité dans la conception des systèmes et les étapes clés du développement. Et, à tous les niveaux, les équipes opérationnelles intègrent la dimension de la cybersécurité dans les piliers qui constituent notre programme structuré de culture de la sécurité, appelé en interne « weCare ». Je pense qu’une culture commune se nourrit de quatre éléments fondamentaux et que, à ce titre, la cybersécurité, tout comme la qualité, doit être vue, entendue, ressentie et communiquée. »

Compte tenu des enjeux considérables de notre époque, cette approche semble indispensable…

« En effet. Il n’est plus possible de garantir la sûreté et la sécurité sans prendre en compte la cybersécurité. Ces deux aspects sont désormais indissociables. »

Photo : © Thales / Hosam Badreldin

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