Cyprien Delmeule est le fondateur et CEO de Wealthcome, wealthtech bordelaise créée en 2022. Après des études en gestion et finance, il rejoint un family office. Il y constate les limites d’outils fragmentés et mal adaptés au métier. Il fonde alors Wealthcome avec Éric Foin (CTO) et Morgan Emmery (DG), ce dernier étant issu du secteur. Véritable tour de contrôle des professionnels du patrimoine, WealthPro s’appuie sur un écosystème complet de solutions complémentaires permettant de fluidifier les processus, d’améliorer la productivité et d’offrir un accompagnement toujours plus personnalisé.
Wealthcome : Plus de 80 milliards d’euros d’actifs agrégés et une levée stratégique de 15 M€
Wealthcome édite des logiciels pour les professionnels du patrimoine : CGP, courtiers, family offices, réseaux, banques privées et acteurs institutionnels. Sa plateforme WealthPro réunit l’agrégation patrimoniale, la conformité réglementaire, le pilotage d’activité et la relation client. Autour d’elle, un écosystème complet :
- WealthConnect, l’application que les conseillers proposent à leurs clients ;
- WealthLab, pour les simulations patrimoniales ;
- WealthTreet, pour la gestion de portefeuilles ;
- WealthOne, pour les intégrations sur mesure ;
- Binom, l’IA intégrée à WealthPro.
Wealthcome équipe plus de 800 structures, soit plus de 6 000 utilisateurs professionnels, et agrège plus de 80 milliards d’euros d’actifs. L’entreprise compte une soixantaine de collaborateurs à Pessac. Elle a levé 22 M€ au total, dont 15 M€ en septembre 2026 auprès de Breega et BlackFin Capital Partners. Nous avons rencontré Cyprien Delmeule qui nous livre son regard d’expert.
La consolidation de la donnée patrimoniale transforme profondément la manière dont les particuliers et les professionnels pilotent leurs actifs. Comment Wealthcome contribue-t-elle à rendre cette information plus accessible, plus lisible et plus utile pour améliorer la prise de décision financière au quotidien ?
« Un client fortuné détient en moyenne des contrats chez cinq ou six établissements : assurance vie, PER, SCPI, comptes-titres, crédits. Pendant longtemps, le conseiller a reconstitué ce puzzle à la main, avec des relevés papier et des tableurs. Il passait donc des heures à collecter l’information au lieu de l’analyser. Notre parti pris est simple : remettre de l’ordre dans la donnée avant tout le reste. WealthPro se connecte automatiquement à plus de 80 partenaires financiers français et luxembourgeois (assureurs, sociétés de gestion, plateformes) et remonte en continu les encours, les mouvements et les passifs. Le conseiller dispose d’une vision consolidée et à jour de chaque client, sans ressaisie. »
« La donnée remonte aussi par le client lui-même. Depuis WealthConnect, l’application que son conseiller met à sa disposition, il connecte en quelques clics ses comptes bancaires, livrets, crédits et placements détenus hors du cabinet, dans un cadre sécurisé et conforme à la DSP2. C’est une part considérable du patrimoine, jusque-là invisible pour le conseiller, qui entre dans le périmètre de suivi. Le client y consulte son patrimoine consolidé et y retrouve les recommandations de son conseiller. »
« Enfin, une information n’est utile que si elle déclenche une action. Une décision prise sur une donnée incomplète ou datée de trois mois est une mauvaise décision. C’est tout l’enjeu : passer d’un patrimoine qu’on constate à un patrimoine qu’on pilote. »
Les données patrimoniales sont parmi les plus sensibles du secteur financier. Comment Wealthcome renforce-t-elle la confiance des utilisateurs en garantissant une protection maximale de leurs informations face aux risques de cyberattaques et aux exigences réglementaires toujours plus élevées ?
« La confiance ne se décrète pas, elle se construit dans l’architecture. Nos données sont hébergées en France et chiffrées. Nous appliquons strictement le RGPD et le cadre européen de la DSP2 pour l’accès aux données bancaires. Les droits d’accès sont gérés finement au sein de chaque cabinet, et chaque action est tracée. Nous privilégions aussi des partenariats directs avec les assureurs et les établissements. Les données transitent ainsi par des flux sécurisés, établis contractuellement avec la source. »
« Le niveau d’exigence monte, et c’est une bonne chose. Les réseaux, assureurs, mutualistes et banques que nous équipons appliquent des standards très élevés. Chaque exigence que nous satisfaisons pour eux profite à l’ensemble de nos clients, y compris au CGP indépendant. Binom, notre IA, a été conçue sur ce même principe : le conseiller garde la maîtrise de ses données. À nos yeux, une IA en gestion de patrimoine qui ne respecterait pas ce principe n’a pas sa place. »
La gestion de patrimoine souffre souvent d’outils complexes ou fragmentés. En quoi l’approche de Wealthcome, centrée sur la simplicité et la fluidité, permet-elle d’améliorer l’efficacité des conseillers et la compréhension du patrimoine pour les particuliers ?
« Le problème des CGP n’est pas le manque d’outils, c’est leur nombre. Un cabinet jongle souvent entre un CRM, un outil de conformité, un logiciel de simulation, une solution de signature et des extranets assureurs. Résultat : de la ressaisie, des erreurs et du temps perdu. »
« Nous ne cherchons pas à tout faire seuls. Nous voulons être le socle de données sur lequel tout se connecte. WealthPro centralise l’agrégation, la conformité et le pilotage. Il s’intègre nativement avec les outils que les cabinets utilisent déjà : messageries, agendas, signature électronique, suivi des commissions. La conformité illustre bien ce gain. Les documents réglementaires sont générés à partir de données déjà présentes, les échéances sont suivies automatiquement et la signature est dématérialisée. »
« Avec Binom, nous allons plus loin. Un entretien client peut être converti en données KYC structurées, et un document scanné est lu et intégré automatiquement. L’IA prend en charge la saisie, le conseiller garde le jugement : c’est un copilote, pas un remplaçant. Pour le particulier, l’effet est direct. Un conseiller qui passe moins de temps sur l’administratif en passe plus avec lui. »
En quoi la centralisation des données financières, immobilières et patrimoniales améliore-t-elle la qualité des diagnostics et des évaluations réalisés par les professionnels du patrimoine, notamment dans les moments clés de transmission, d’optimisation ou de réorganisation ?
« Un diagnostic ne vaut que ce que vaut la donnée qui l’alimente. Une simulation successorale construite sur un patrimoine incomplet peut conduire à une recommandation fausse. Il suffit d’un contrat oublié ou d’une valorisation périmée. Or la France entre dans ce qu’on appelle la Grande Transmission : près de 9 000 milliards d’euros devraient changer de mains d’ici 2040. Les conseillers vont devoir traiter des situations plus nombreuses et plus complexes, souvent avec une nouvelle génération de clients plus exigeante. »
« La centralisation change la donne à deux niveaux. D’abord, l’exhaustivité : actifs financiers, immobilier, dettes, tout est réuni au même endroit. Ensuite, l’exploitation : nos outils de simulation fiscale, successorale, retraite et immobilière s’appuient directement sur ces données, sans ressaisie. »
« Le conseiller teste plusieurs scénarios en quelques minutes et documente son raisonnement. Il peut ensuite présenter à son client une recommandation fondée sur une photographie fidèle de son patrimoine. Un conseil plus juste est aussi un conseil plus traçable, ce qui compte de plus en plus sur le plan réglementaire. »
La FinTech française connaît une dynamique forte autour de l’innovation et de la souveraineté technologique. Quelle contribution Wealthcome souhaite-t-elle apporter à cet écosystème pour renforcer la modernisation du secteur patrimonial et promouvoir des solutions françaises de référence ?
« Nous sommes une entreprise bordelaise. Nous développons notre technologie en France, nous y hébergeons nos données et nous y recrutons. Pour des données aussi sensibles que le patrimoine des Français, ce n’est pas un détail. C’est une condition de confiance. Notre ambition est de faire de Wealthcome la référence de la donnée patrimoniale en France, pour le CGP indépendant comme pour les grands acteurs institutionnels. »
« Concrètement, cela passe par deux chantiers. Le premier : structurer les échanges de données avec les assureurs et les établissements, pour sortir des extractions manuelles et construire des flux fiables. Le second : ouvrir notre plateforme aux autres acteurs de la fintech française. Quand une jeune entreprise développe une solution utile aux conseillers, elle doit pouvoir se brancher sur leurs données sans que le cabinet ressaisisse quoi que ce soit. La modernisation du secteur ne viendra pas d’un acteur unique qui ferait tout. Elle viendra d’un écosystème interopérable, avec une donnée propre et sécurisée au centre. C’est la place que nous voulons occuper. »



