IA

Interview – Matis Ringdal, cofondateur et CEO Pixacare : l’intelligence artificielle française au service de la souveraineté et du soin clinique

Matis Ringdal est le cofondateur et CEO de Pixacare, medtech française spécialisée dans l'IA appliquée au suivi de la cicatrisation. Diplômé d'un master conjoint de l'École polytechnique et…

Matis Ringdal, cofondateur et CEO Pixacare : l’intelligence artificielle

Matis Ringdal est le cofondateur et CEO de Pixacare, medtech française spécialisée dans l’IA appliquée au suivi de la cicatrisation. Diplômé d’un master conjoint de l’École polytechnique et de l’université de Berkeley, il porte une vision qui associe exigence clinique, innovation logicielle et ambition internationale pour la santé numérique. Aux côtés du Pr Frédéric Bodin et de Vincent Marceddu, il a fondé Pixacare en 2019 et développé une plateforme qui sécurise la photographie médicale, automatise l’analyse des plaies et structure la documentation clinique. Sous sa direction, Pixacare a obtenu la certification ISO 13485, le marquage CE de sa plateforme (classe I) et celui de son module d’IA WoundTrack II (classe IIa). La société accompagne aujourd’hui plus de 70 établissements de santé dans 6 pays, avec plus de 250 000 patients suivis.

Matis Ringdal, fondateur et visionnaire de la santé connectée

Engagé dans la transformation numérique de la santé, Matis Ringdal défend une vision pragmatique d’une IA au service direct du soin, conçue pour optimiser les parcours de santé, fiabiliser les pratiques quotidiennes et renforcer la qualité clinique. Nous l’avons rencontré dans le cadre d’une interview exclusive pour échanger sur le développement de Pixacare et sa vision des innovations technologiques au service des praticiens et des patients.

Face aux géants technologiques nord‑américains, comment votre société Pixacare, entre hébergement HDS et conformité HIPAA, permet‑elle aux hôpitaux français et européens de conserver la pleine maîtrise de leurs données de santé stratégiques ?

« Pour un hôpital, garder la maîtrise de ses données, c’est savoir où elles sont, qui en est responsable et où elles circulent. Sur ces trois points, nos choix sont clairs. Les données sont hébergées en France, dans des datacenters OVHcloud certifiés Hébergeur de Données de Santé, et notre IA tourne elle aussi sur des serveurs situés en France. L’établissement reste responsable du traitement : Pixacare agit comme sous‑traitant, et en fin de contrat les données sont restituées puis supprimées. »

« Enfin, nous utilisons des standards ouverts comme HL7 et FHIR, pour que photos et analyses rejoignent le dossier patient de l’hôpital au lieu de rester enfermées dans un outil tiers. Le marché américain a ses propres exigences. Notre architecture a été conçue en tenant compte de HIPAA, et sa formalisation fait partie de notre feuille de route. Elle ne changera rien à la façon dont nous protégeons les données de nos clients européens. »

Avec plus de 200 000 dossiers patients analysés, Pixacare dispose d’un actif immatériel majeur. Comment protégez‑vous vos algorithmes et votre secret des affaires tout en valorisant cette masse de données pour la recherche clinique ?

« Nous protégeons d’abord notre technologie par le droit. Notre système de calibration photo est breveté et nos modèles comme notre savoir‑faire relèvent du secret des affaires : clauses de confidentialité dans les contrats de travail, accords de confidentialité avec nos partenaires de R&D, accès limités au strict nécessaire. »

« Je veux aussi être clair sur un point : notre valeur ne repose pas sur les données de nos clients. Nous n’y avons pas accès et n’en faisons aucun usage pour notre propre compte. Nos modèles ont été entraînés sur des milliers d’images de plaies anonymisées, obtenues dans le cadre de contrats avec des hôpitaux et annotées en double lecture. »

L’adoption de l’IA dépend de la confiance des équipes. Comment WoundTrack automatise la documentation et fiabilise le suivi des plaies sans réduire la responsabilité ni l’expertise décisionnelle du praticien ?

« L’IA ne pose pas de diagnostic : c’est un principe fondateur chez nous. WoundTrack II prend en charge ce qui était long et variable d’un soignant à l’autre : mesurer la surface de la plaie et analyser la composition des tissus (granulation, fibrine, nécrose). »

« Le résultat est une mesure objective et reproductible : dans l’étude Pixaire‑1 (Maxant et al. 2026), la concordance des mesures de surface atteint un ICC de 0,96. C’est aussi du temps rendu au soin, jusqu’à 1h30 par jour selon le nombre de patients (Kuster et al. 2021). L’interprétation et la décision clinique restent entièrement entre les mains du professionnel de santé. La confiance se construit ainsi : avec un outil qui fait ses preuves sur le terrain, sans jamais remplacer l’expertise du soignant. »

Dans un contexte de cyberattaques ciblant les hôpitaux, quels protocoles Pixacare applique‑t‑il pour sécuriser la photographie médicale mobile et prévenir tout risque d’exfiltration de données sensibles ?

« Les photos médicales prises avec un smartphone personnel sont un vrai angle mort de la sécurité hospitalière. Avec Pixacare, nous sécurisons chaque étape. À la prise de vue, la photo est faite dans l’application et rattachée directement au bon patient, sans passer par la galerie du téléphone. Pendant le transfert et le stockage, tout est chiffré, y compris les données gardées sur le téléphone pour le mode hors connexion. »

« L’accès aux données est protégé par une authentification forte, et chaque consultation d’une donnée patient est tracée. Des tests d’intrusion sont menés tous les trimestres, complétés chaque année par un audit approfondi. Notre système qualité est certifié ISO 13485, et nos sous‑traitants techniques ISO 27001. »

Avec le marquage CE et la conformité HIPAA, Pixacare vise désormais le marché américain. Comment conciliez‑vous cette expansion internationale avec le maintien d’un ancrage technologique et industriel français ?

« Je n’y vois pas de contradiction : c’est notre ancrage français qui rend l’expansion possible. Pixacare est une medtech française, et les données de nos clients européens sont hébergées en France, chez un hébergeur français certifié HDS. C’est ce socle réglementaire qui nous ouvre les portes à l’étranger. Notre architecture sait aussi s’adapter : un client qui le souhaite peut faire héberger ses données sur un serveur Azure local, dans le pays de son choix. Nous sommes aujourd’hui présents dans 6 pays : France, Belgique, Allemagne, Suisse, Espagne et Irlande, notamment avec Cutempa en Suisse et Rodday en Allemagne. Les États‑Unis sont l’étape suivante, et nous l’abordons avec méthode : nous avons intégré cette année l’accélérateur Mayo Clinic. »

L’analyse automatisée des plaies ouvre la voie à une standardisation internationale du suivi de la cicatrisation. Quels critères cliniques doivent, selon vous, devenir des standards mondiaux et comment Pixacare contribue‑t‑il à les définir ?

« Aujourd’hui, une même plaie peut être décrite de façons très différentes selon le service, le pays ou le soignant. Trois éléments devraient, selon moi, devenir universels : une mesure de surface objective et reproductible, à partir d’une photo calibrée plutôt qu’à la réglette ; une description standardisée des tissus, pour suivre l’évolution réelle de la cicatrisation ; et une documentation structurée et interopérable, qui suit le patient de l’hôpital à son domicile. »

« Nous y contribuons de trois façons. Nous intégrons dans nos outils les scores et protocoles validés par la HAS et les sociétés savantes, et nous nous appuyons sur des standards d’interopérabilité comme FHIR. Nous faisons évaluer nos mesures par des médecins dans des études cliniques, qui comparent nos résultats à la méthode de référence. Enfin, ces standards ne se construiront pas seuls. »

« C’est pour cela que je souhaite m’investir dans le projet « Advancing Wound Prevention and Treatment with AI‑Driven Technologies » de l’EWMA, l’association européenne de référence sur les plaies. Il associe soignants, patients, hôpitaux et industriels autour de trois questions : comment encadrer l’IA sur le plan réglementaire, comment évaluer son impact réel et comment l’intégrer aux systèmes de soin existants. Ce sont exactement les sujets que nous traitons chaque jour avec WoundTrack II. »

Enregistrer cet articleRéservé aux membres : créez votre liste de lecture privée — c’est gratuit.

Atlas géostratégique Pays au cœur de ce décryptage

Explorer l’Atlas géostratégique