Benjamin Zérah est le cofondateur et CEO de Feeli, la HealthTech française spécialisée dans la téléconsultation, qui offre un accès continu aux soins en médecine générale et en dermatologie, tout en développant l’automatisation du parcours de soins. Entrepreneur engagé dans l’innovation au service de l’accès à la santé, fort de plus d’un million de patients, Feeli est un acteur clé de la transformation numérique du secteur médical en France.
Deserts médicaux et désengorgement : comment Feeli réinvente l’accès aux soins grâce à la HealthTech française
En développant des solutions technologiques permettant de fluidifier l’orientation et la prise en charge en quelques minutes de patients n’ayant pas accès à un généraliste ou un dermatologue, Feeli répond aux enjeux cruciaux des déserts médicaux et du désengorgement du système de santé, illustrant le dynamisme et l’excellence de l’écosystème HealthTech français. Alors que la Plateforme de Données de Santé (Health Data Hub) va être migrée de Microsoft (Azure) à Scaleway (groupe Iliad), nous avons rencontré Benjamin Zérah qui nous livre ses expertises.
À l’heure où les Big Tech américaines tentent d’asseoir leur monopole sur la donnée médicale mondiale, quelle est la stratégie de Feeli pour garantir une stricte souveraineté des données de santé françaises et européennes tout en maintenant des capacités de traitement algorithmique de pointe ?
« La donnée médicale est la plus importante donnée personnelle mais aussi stratégique, elle regroupe ce que nous sommes au plus profond de soi. Il est d’une importance cruciale de savoir la maîtriser, la garantir et la protéger. Nous avons opté pour un hébergement en data center européen bénéficiant de la norme HDS. D’autre part, nos données sont cryptées de bout en bout, nos médecins respectent les mêmes réglementations qu’en physique, à savoir le secret médical. Feeli n’a pas accès aux données de santé personnelles du patient. Nous utilisons une structure technologique souveraine et propriétaire. La régulation européenne et tout particulièrement française n’entrave pas nos travaux d’innovation ; l’objectif est d’apporter le meilleur soin possible dans un délai de temps de traitement minimal. »
L’intégration de l’IA dans le tri médical et l’analyse dermatologique suscite d’importants débats sur la responsabilité. Comment Feeli configure-t-elle l’usage de ses outils d’aide au diagnostic pour préserver l’autonomie stratégique du médecin sans dépendre de modèles tiers fermés ?
« Le secteur de la santé vit un bouleversement, l’IA a profondément fait évoluer la manière d’analyser et d’évaluer un diagnostic. Principalement en dermatologie, la capacité de ces IA à coupler des milliards de données est impressionnante en efficacité. Chez Feeli, ces outils permettent d’assurer de multiples couches, aucune hypothèse n’est écartée, le médecin reste bien évidemment le décideur dans le diagnostic et la délivrance du traitement. L’objectif à terme est de créer un médecin augmenté avec une montée en puissance de ses compétences. »
Contrairement aux acteurs fondés sur la visioconférence classique, Feeli s’appuie sur une téléconsultation asynchrone par messagerie et questionnaires optimisés. En quoi cette architecture technologique constitue-t-elle un levier clé d’efficience économique pour lutter contre les déserts médicaux ?
« Depuis le lancement de Feeli, nous avons opté pour ce type de format, nous avons la forte conviction qu’une visio est proche d’une consultation physique mais ne permet pas de dupliquer les capacités d’analyse du médecin. L’asynchrone permet de poser un diagnostic et de le rectifier à l’aide des outils d’IA. Le médecin dispose des réponses du questionnaire, des données métaboliques du patient ainsi que de son historique de santé. Toutes ces données permettent au médecin de garantir une efficience de la prise en charge en dermatologie où la plupart des consultations s’effectuent à l’aide de photos. »
Entre les exigences du cadre réglementaire européen (IA Act, certifications DM) et la pression des géants asiatiques et américains du numérique, comment la France peut-elle protéger et faire émerger ses propres champions MedTech sans paralyser l’innovation sous un carcan normatif ?
« L’Europe dispose d’un système de soins de qualité grâce à la qualité de ses médecins et de bonnes infrastructures technologiques. Il est vrai que les processus peuvent être longs, la technologie avance à une vitesse sans limite, les Américains et les Chinois développent des usages qui rendent obsolètes les régulations européennes. De mon avis, il est important de laisser la MedTech s’exprimer librement mais en préservant la qualité des soins et la sécurité de la donnée. »
La santé numérique est devenue un terrain de compétition géopolitique et économique mondial. Quelle est l’ambition d’expansion internationale de Feeli, et comment comptez-vous exporter le modèle de soins de santé à la française face aux plates-formes anglo-saxonnes hyper-capitalisées ?
« Notre ambition est clairement internationale, on part d’une idée que la France est un laboratoire complexe en termes de régulation qui bénéficie d’une population éduquée aux nouveaux usages en santé. Bénéficiant d’une expérience de presque une dizaine d’années, nous avons commencé à proposer le service en Belgique, Luxembourg, Suisse et tout récemment l’Espagne. L’Europe a toute sa place face aux grandes machines anglo-saxonnes, le système innovant de Feeli nous permet de conserver un avantage comparatif important et pourquoi pas dans le futur aller sur le terrain anglo-saxon. »



