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Interview – Giuseppe Maouche, associé EY : au Mondial de l’Auto, l’électrique, le logiciel et la Chine redessinent le jeu

Giuseppe Maouche est l’associé EY qui pilote le secteur automobile et mobilité en France. Il accompagne les entreprises dans leurs transformations stratégiques en travaillant sur des sujets complexes…

Giuseppe Maouche est l’associé EY qui pilote le secteur automobile et mobilité en France. Il accompagne les entreprises dans leurs transformations stratégiques en travaillant sur des sujets complexes comme les stratégies commerciales et de pricing, le lancement de nouvelles offres ou l’intégration de l’intelligence artificielle, y compris l’IA générative, au service de l’expérience client. Il imagine également des solutions sur mesure destinées à faciliter l’intégration des véhicules au sein d’écosystèmes connectés et intelligents. Avant de rejoindre EY, il a fondé une start-up engagée dans la mode durable, une expérience qui témoigne de son parcours entrepreneurial.

Électrique, logiciels, Chine : les 5 clés de lecture du Mondial de l’Auto 2026

Du 12 au 18 octobre, la 91ᵉ édition du Mondial de l’Auto rassemblera à Paris plus de cent exposants, dont plus de soixante constructeurs. Au-delà des nouveautés produits, l’événement mettra en lumière les dynamiques qui redessinent l’industrie : électrification, accessibilité, technologies de batterie, montée en puissance du véhicule logiciel, progrès de l’autonomie et recomposition du rapport de force entre l’Europe et la Chine. À l’approche du salon, nous avons rencontré Giuseppe Maouche, associé EY et responsable du secteur automobile et de la mobilité en France. Il partage cinq convictions fortes qui éclairent la transformation profonde actuellement à l’œuvre dans le secteur.

Comment les ajustements actuellement envisagés au niveau européen pourraient‑ils influencer la trajectoire de l’électrification et redéfinir l’équilibre entre motorisations thermiques, hybrides et 100 % électriques dans les prochaines années ?

« L’objectif européen actuellement en vigueur reste une réduction de 100 % des émissions à l’échappement des voitures neuves à partir de 2035. Les flexibilités aujourd’hui envisagées pourraient prolonger la coexistence des motorisations et conforter le rôle de l’hybride comme technologie de transition. Elles ne provoqueront toutefois pas de retour structurel vers le thermique. Le scénario le plus probable reste celui d’une accélération progressive du 100 % électrique, soutenue par l’arrivée de véhicules plus petits et plus abordables. La volatilité du prix des carburants pourra renforcer cette dynamique, mais le véritable déclencheur restera économique : prix d’achat, coût mensuel d’utilisation et valeur de revente. Alors que l’industrie mesurait le succès de la transition au nombre de modèles électriques lancés, il se mesurera à l’avenir surtout à la capacité de les vendre de manière accessible et rentable. »

À l’heure où le réseau de recharge européen atteint un niveau d’industrialisation inédit, quelles évolutions majeures se dessinent pour les utilisateurs et en quoi l’intégration entre le véhicule, la borne et le réseau électrique pourrait‑elle devenir le véritable levier de différenciation dans les prochaines années ?

« Avec environ 1,16 million de points de recharge publics dans l’Union européenne, le paysage de la recharge s’est industrialisé, les problématiques se tournent dorénavant davantage vers leur fiabilité, la puissance réellement disponible, la simplicité du paiement et leur localisation. Il y a fort à parier que le prochain terrain de différenciation résidera dans l’intégration entre le véhicule, la borne et le réseau électrique : recharge programmée aux heures les plus favorables, adaptation de la puissance disponible et tarification plus lisible pour l’utilisateur. In fine, la borne la plus utile ne sera pas nécessairement la plus proche, mais celle qui fonctionnera et s’intégrera sans friction dans le parcours du conducteur. »

À quels nouveaux enjeux industriels renvoie la place centrale prise par la technologie batterie, et en quoi la consolidation des projets européens peut‑elle orienter les investissements vers les segments où le continent peut bâtir un avantage durable, de l’électronique de puissance aux logiciels de gestion en passant par le recyclage ?

« La présence au Mondial d’un espace permettant de découvrir une batterie grandeur nature illustre la place centrale prise par cette technologie dans la compréhension du véhicule électrique. Mais la bataille industrielle se jouera bien au-delà de la batterie elle-même. L’Europe devra concentrer ses investissements sur les maillons où elle peut construire un avantage durable : cellules destinées à certains segments, électronique de puissance, logiciels de gestion, recyclage et sécurisation des matières premières. »

« Nous devrions assister à une consolidation des projets européens et à une multiplication des partenariats technologiques. Les projets les mieux placés seront ceux qui disposeront de commandes fermes de constructeurs sur plusieurs années et qui pourront produire à un coût compétitif. »

La présence renforcée des constructeurs chinois au Mondial de l’Auto marque‑t‑elle un tournant dans leur stratégie européenne, et quels défis industriels et commerciaux devront‑ils désormais relever face à des acteurs européens qui conservent encore des atouts majeurs mais doivent accélérer pour rester compétitifs ?

« La présence de nombreux constructeurs chinois constitue l’un des marqueurs forts de cette édition. Elle montre que l’ambition de ces constructeurs n’est plus seulement de présenter de nouveaux modèles, mais de s’installer durablement sur le marché européen. En 2025, les voitures produites en Chine, toutes marques confondues, représentaient 7 % des ventes européennes et 20 % des ventes de véhicules 100 % électriques. Les prochains défis des constructeurs chinois seront donc industriels et commerciaux : produire ou assembler certains véhicules au sein de l’Union européenne, développer leurs réseaux de distribution et d’après-vente, proposer des solutions de financement et rassurer les clients sur la valeur de revente de leurs véhicules. »

« Cette progression ne signifie pas que les constructeurs européens sont condamnés à perdre des parts de marché. Ils conservent des atouts importants : des marques établies, un savoir-faire reconnu en matière de qualité, de sécurité et de durabilité, une base industrielle locale, des réseaux de distribution étendus et une relation de confiance construite avec leurs clients. Ils devront cependant accélérer sur quatre priorités : réduire le temps nécessaire pour développer un nouveau véhicule, proposer des modèles électriques plus abordables, améliorer l’expérience logicielle et diminuer leurs coûts de production. Les droits de douane peuvent donner du temps aux acteurs européens, mais ils ne remplaceront pas les gains de compétitivité. La prochaine bataille portera sur la capacité à concevoir, industrialiser et commercialiser rapidement en Europe des véhicules accessibles, adaptés aux usages locaux et suffisamment rentables. »


À l’heure où le Mondial de l’Auto met le public au contact de la conduite autonome, que révèle ce passage de la démonstration technologique à l’expérimentation réelle, et quels effets attendre du déploiement progressif des robotaxis sur les usages, les modèles économiques et le partage de la valeur entre les acteurs de la mobilité ?

« Pour la première fois, le Mondial proposera un centre d’essais permettant d’expérimenter concrètement différentes fonctions de conduite autonome. Cette présence traduit le passage progressif de la démonstration technologique à l’expérimentation par les utilisateurs. Le lancement d’un service commercial de robotaxis à Zagreb confirme cette évolution, tout en montrant ses limites actuelles : périmètre géographique défini, déploiement progressif et supervision humaine initiale. D’ici 2030, les robotaxis devraient se développer en priorité dans les zones urbaines denses et sur des trajets répétitifs. Ils ne feront pas disparaître la voiture individuelle, mais rendront l’accès à la mobilité plus attractif que la possession pour certains usages. »

« Le premier bouleversement concernera moins le véhicule en tant que tel (pour le moment) que le partage de la valeur entre fournisseurs de technologies, opérateurs de flottes et plateformes possédant la relation client. En consacrant une partie de sa programmation à l’intelligence artificielle, au véhicule défini par logiciel, à la production et à la concurrence mondiale, le Mondial 2026 reflète l’élargissement du terrain de jeu automobile. L’Europe conserve des marques puissantes, une expertise industrielle reconnue et un tissu de fournisseurs de premier plan. Son principal défi est d’exécuter sa transformation rapidement : rendre l’électrique accessible, sécuriser les chaînes de valeur et transformer l’innovation technologique en modèles économiques rentables. »

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